Territoires Sonores – Sound Territories

 

 

Exposition du 26.05 au 7.07 
au Mac Arteum à Châteauneuf-le-Rouge
Vernissage le 26 Mai à 11h30 
A l’occasion du Printemps de l’Art Contemporain 
 
En coproduction MP2018 Quel Amour !

Le MAC Arteum, à Châteauneuf le Rouge, présente l’exposition « Territoires Sonores, Sound Territories » du 26 Mai au 7 Juillet 2018 dans le cadre du Printemps de l’art Contemporain. Une exposition collective, au programme de Love Letters en coproduction MP2018, s’inscrivant dans un projet de résidence artistique franco écossais, explorant les relations entre la création sonore et son environnement.

 Cette résidence, en deux temps, est la circonstance pour échange et dialogue entre quatre artistes des deux nationalités : en 2018, au Mac Arteum puis en 2019, Pierre-Laurent et Hanna Tuulikki poursuivront l’expérience dans un centre d’art d’identité similaire en Écosse dont la sélection est en cours.

L’exposition Territoires Sonores, Sound Territories s’ouvre sur une intention de montrer comment les artistes perçoivent le son et le retraduisent par le biais de différents médiums.

Cette résidence dans les locaux du Mac Arteum définit un cadre de rencontre et de dialogue entre deux cultures et deux scènes artistiques différentes. L’échange autour des créations sonores interroge l’attachement des artistes envers leur terre, qu’elle soit d’origine ou d’accueil, un attachement à un paysage ou à des valeurs culturelles.

graphisme : Marion Ben-Lisa

 

 

SING SIGN : a close duet

 

 

Crédit photo : Robin Guillanders

Performance de Hanna TUULIKKI en duo avec James PADDEN 

Mercredi 9 Mai – 21h30 – à l’occasion de la soirée d’ouverture du 10e Printemps de l’Art Contemporain

Adélaïde – 17 rue du Chevalier Roze, Marseille –

Commandé à l’origine par le Edinburgh Art Festival pour «The Improbable City», SING SIGN : a close duet est une performance vocale et gestuelle d’un face à face qui entre en echo.

Cet événement, co-produit par Marseille Expos et le Mac Arteum, entre en résonance avec l’exposition « Territoires Sonores-Sound Territories » qui se déroulera du 26 Mai au 7 Juillet au Mac Arteum. 

  

 

 

 

Le Mac Arteum présente les travaux des élèves du collège Jean Zay de Rousset (de la 6ème à la 3ème) auxquels s’ajoute cette année une expérience avec les élèves du collège Font d’Aurumy de Fuveau (classes de 3ème).
Avec les enseignants d’Arts Plastiques, Michel Mori et de Musique, Roland Lesourd et «Les Films du Delta», intervenant Christophe Degros.

 

Du Mercredi 28 mars 2018 au Samedi 7 avril 2018
Vernissage mercredi 28 mars à 19 h

 

La rencontre de l’Art et de l’Education, c’est du sérieux pour les collèges Jean ZAY de Rousset et Font d’Aurumy à Fuveau avec le Musée d’Art Contemporain de Châteauneuf le Rouge !
Cette année encore, les connaissances acquises et les expérimentations artistiques des élèves, les ont amenés à s’exprimer dans différents médiums, pour une exposition de leurs créations au Mac Arteum durant dix jours.
Quels sens donner à ces démarches ? Éduquer vers la liberté, l’engagement, l’investissement et la capacité à dire, sont, entre autres des attentes communes, propres à chaque enseignant qui va partager sa sensibilité et ses progressions pédagogiques dans des actions interdisciplinaires.
Ces différents gestes s’imbriquent dans le grand mouvement artistique MP2018, où l’amour enchantera le monde!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exposition du 10 au 24 Février 2018 

Vernissage le 9 Février à 18h

 

Dans le cadre d’un partenariat avec l’université d’Aix-Marseille, Arteum invite pour la deuxième année consécutive 14 étudiants en License et Master d’ Arts Plastiques, encadrés par leurs enseignants à investir ses locaux.

L’exposition C’est comme ça est le résultat d’une semaine de recherches et d’expérimentations autour de la relation entre l’œuvre et son contexte de monstration.

Une exposition avec Samantha Beck – Maud Chacon – Lucile Choquelle – Arthur Delange – Michèle Garnier – Emma Jacolot – Anastasia Loreto – Laureely Matelly – Alosia Mazzolini – Estelle Rastoul – Maïlys Roquillet – Aïtana Sanchez – Robin Sergent  et Nicolas Troupel.

 

 

 

Crédit photo : Amandine Capion

Adhérer à l’association ARTEUM – Musée d’Art Contemporain,

c’est valoriser le travail des artistes et de tous les bénévoles qui les accompagnent.

C’est soutenir une association qui porte des projets, des choix,

des aventures sans cesse renouvelés !

Dès à présent, contribuez à la valorisation de la création contemporaine !

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Nos expositions 

 

Territoires sonores / Sound Territories

Résidences d’artistes français et écossais – Exposition du programme Love Letters 

Printemps de l’art contemporain. Coproduction MP2018, Quel Amour ! 

Résidences au Mac Arteum du 5 mai 2018 au 25 mai 2018

Résidences en Ecosse: contacts en cours pour échange en 2019 

Samedi 26 mai 2018 – Samedi 07 juillet 2018
Vernissage le samedi 26 mai à 11 h 30
Performance de Anne-James Chaton au Pavillon de Vendôme

dans le cadre du PAC aixois le samedi 26 mai à 20 h
Programmation évolutive dans le cadre du PAC à Marseille, Aix-en-Provence et Châteauneuf-le-Rouge

 

Habiter

Exposition collective inscrite dans la saison de Paréidolie, salon international du dessin contemporain,

en partenariat avec La Non Maison

Samedi 29 septembre 2018 – Jeudi 29 novembre 2018
Vernissage le samedi 29 septembre à 11 h 30

 

 

 

Et également …

 

C’est comme ça 

Workshop / Exposition des étudiants en Licence et Master d’Arts Plastiques à l’Université d’Aix-Marseille,

avec Samantha Beck – Maud Chacon – Lucile Choquelle – Arthur Delange – Michèle Garnier – Emma Jacolot – Anastasia Lorreto – Laureely Matelly – Alosia Mazzolini – Maïlys Roquillet – Estelle Rastoul – Robin Sergent – Aitana Sanchez et Nicolas Troupel

Workshop – Lundi 5 février 2018 – Vendredi 9 février 2018
Exposition – Samedi 10 février – Samedi 24 février 2018

Vernissage le vendredi 9 février à 18 h

 

Le collège au musée

Travaux des élèves de 5ème, 4ème et 3ème du collège Jean Zay de Rousset,

avec les enseignants d’Arts Plastiques Michel Mori et de Musique Roland Lesourd

Mercredi 28 mars 2018 – Samedi 7 avril 2018
Vernissage le mercredi 28 mars à 18 h

 

Rendez-vous aux jardins 

Installations dans le parc réalisées par les artistes de l’exposition « Territoires sonores »

Vendredi 1er, samedi 2, dimanche 3 juin 2018

 

Festival de la Gastronomie 

Ateliers sensoriels dans le parc du Château de Châteauneuf-le-Rouge

Dimanche 1er juillet 2018

Journées Européennes du Patrimoine

Programmation à venir

Samedi 15 et dimanche 16 septembre 2018

 
Conférences-rencontres, performances artistiques, poésie sonore,
prévues avec critiques, philosophes, architectes, artistes plasticiens sonores, musiciens … tout au long de l’année.

 

 

Pour que cette programmation puisse voir le jour

et afin de soutenir les artistes, l’art contemporain et le patrimoine culturel,

nous avons besoin de vous!

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Dans le cadre de l'exposition "Résonance - Claude Garanjoud / Curt Asker" 
2010 - 2011 

Artistes invités: Claude Garanjoud l Curt Asker
Commissaire de l’exposition Chrsitiane Courbon. 

Entretien avec Curt Asker, 2010.

 

Christiane Courbon : Curt Asker, nous avons souhaité mettre vos oeuvres en résonance avec celles présentes pour l’hommage rendu à Claude Garanjoud. Quel regard portez-vous sur le travail de cet artiste qui, à Villeneuve-lès-Avignon, vivait dans la proximité de votre résidence vauclusienne -que vous n’avez pourtant jamais rencontré- et quel lien pouvez-vous trouver avec votre propre création?

 

Curt Asker : Je ne suis allé que récemment, en effet, à la rencontre de son oeuvre, en son atelier de Villeneuve-lès-Avignon. Chez Garanjoud, j’aime les signes qui baignent dans la transparence, cette forme libre sur les toiles libres. Avec lui, je partage ce goût pour les transparences qui entourent les signes.

 

CC : Vous vous considérez avant tout comme un peintre et un dessinateur, un grand nombre de travaux sur papier, aquarelles et monotypes en témoigne. La photographie intervient aussi dans votre travail. Cependant, dans chacun des trois volets de cette exposition, figurent des sculptures: les sculptures-aquarelles, qui, retenues par un fil, tels des cerfs-volants, sont destinés à s’élever dans le ciel, et d’autres plus récentes que vous avez appelées Blickstillor ou Immobiles ou encore Berceaux du regard, dessins suspendus, finement découpés dans l’acier.

 

CA : Je suis sur la frontière des éléments, entre dessin, peinture et sculpture. Lorsque je me promène, je fais toujours de petits dessins dans le paysage. Ce qui apparaît dans le coin de l’oeil,  un endroit précis, en un instant donné. Sitôt que je m’approche de l’objet, la vision n’est plus la même. Blick, c’est le regard. Stillor signifie immobile.

Certains dessins servent de point de départ pour des images flottantes. Quand la couronne de pain est mangée, disait Ossip Mandelstam, le trou subsiste. Mes oeuvres sont des Berceaux du regard, créant une densité dans le vide qui les entoure.

Les dessins suspendus jouent avec ombres et distances.  D’autres dessins de promenade servent de support aux ombres projetées par des herbes. Je les prends en photo. J’en réalise alors plusieurs tirages différents, jusqu’à ce que je trouve le bon. C’est le mariage entre la nature et le dessin: comme les sculptures-aquarelles jouent avec les nuages, mes dessins jouent avec les ombres. J’ajoute des traces de gravure, et la notion de transparence intervient.

 

CC : Claude Garanjoud entretenait un rapport singulier avec la lumière et le vent, ce qui, avec une toute autre approche picturale, caractérise également votre oeuvre. Lui se sentait profondément en lien avec la nature, vous, vous jouez avec et dans le paysage.

 

CA : J’ai une maison en Suède, dans un petit village de pêcheurs, Brantevik. J’y vais tous les étés. Le reste du temps, je vis à Lacoste, en France. A Brantevik, face à la mer, la mer Baltique, je me suis posé la question de l’horizon, comme une évidence. On ne sait jamais quel est le rapport avec l’horizon, parce que l’horizon n’existe pas, c’est une illusion.

C’est à partir de cette réflexion que sont nées les sculptures-aquarelles. Lorsqu’elles s’élèvent dans le ciel, elles jouent avec les nuages. On a une perte de repères au niveau de l’échelle.

On ne connaît pas non plus la taille du nuage. C’est un jeu.

Les montagnes du Lubéron, surtout avec les ombres de l’après-midi, sont comme la mer. Les sculptures-aquarelles y ont toute leur place.

Il y a rencontre de mes objets avec la nature. Les échelles, les distances et l’espace, la peau de l’air, cela me passionne.

 

CC : Vous parlez du dos, de la peau de l’air, du dos de l’horizon… La poésie, votre langue poétique elle-même, semble vous constituer.

 

CA : La poésie est une grande source d’inspiration, depuis toujours. J’aime particulièrement le poète roumain de langue allemande Paul Celan, Mais j’aime aussi Saint John Perse, Mallarmé, Guillevic…

 

CC : Vos peintures suspendues voguent à l’air libre, avec le ciel pour fond. L’air en est le support privilégié. Elles s’y détachent dans toute leur fragilité comme en apesanteur. Placées en intérieur, elles jouent tout autrement. Chaque nouveau lieu semble donner naissance à une oeuvre nouvelle.

 

CA : Dans un espace fermé, on trouve toujours des endroits vides qu’on peut utiliser pour donner une conscience de l’espace. Les oeuvres sont un outil pour capter l’espace, pour en capter l’ambiance. Elles donnent une épaisseur au vide, un corps à l’air. Bien sûr, leur perception change en fonction de la lumière, du mouvement des personnes qui passent. Je ressens moi-même la surprise, l’étonnement de ce que je découvre à chaque nouvelle installation.

Je me sens libre de faire, c’est un constat, peut-être lié à l’âge. Matisse a entièrement conçu la chapelle du Rosaire à Vence, alors qu’il était vieux et malade. Mais quelle liberté!…

Pour ma part, j’ai gardé ma curiosité. C’est l’essentiel. La jeunesse, l’envie de découvrir.

 

Entretien avec Françoise Garanjoud et Alain Boucharlat.

 

Christiane Courbon : Alain Boucharlat, vous connaissiez Claude Garanjoud à titre personnel depuis longtemps.

 

Alain Boucharlat : Oui, j’ai fait sa connaissance en 1974 à Grenoble. Ma première rencontre avec son travail s’est faite avec sa série intitulée « Hivers » qu’il venait de réaliser et qu’il exposait dans les salons d’un hôtel du centre ville qui a disparu depuis. Pour moi, c’était fascinant. Bien que ce ne soit pas vraiment ma partie, puisque j’ai enseigné la philosophie, je me suis toujours intéressé à la peinture et à la poésie et ces œuvres me semblaient exprimer en profondeur ce que je ressentais en venant habiter Grenoble.

 

CC : Quel portrait faites-vous de lui et qu’est-ce qui vous unissait?

 

AB : Garanjoud était indissociable de la peinture. Un peintre de naissance.

Nous avions des affinités: il aimait la poésie, pensait en philosophe. Il se gardait bien de faire des discours, mais on sentait derrière cette réserve une réflexion intense. Il pensait les grandes questions de la vie et l’acte de peindre, ce qui pourrait sembler contradictoire avec la spontanéité de sa peinture, en lien avec la nature.

Je parle de spontanéité, pas de hasard. Il n’y avait pas chez lui cette notion de hasard qu’on trouve chez Pollock par exemple. Ce n’est pas non plus la spontanéité de l’enfant. C’est beaucoup plus la spontanéité au sens de laisser venir le geste, qu’il soit lent ou instantané.

Souvent, ce geste prend la forme d’une accélération: un mouvement s’amplifie, s’allonge ou s’élargit jusqu’à recouvrir parfois tout ce qui a été tracé ou peint jusque-là. Il rejoint ainsi la mystique orientale la plus radicale, celle qui invite à laisser jaillir l’être profond qui est en soi, à le recevoir dans son surgissement inattendu.

 

Françoise Garanjoud : Il pouvait passer des heures devant la toile qu’il était en train de peindre, à regarder. Il peignait les toiles libres au sol, les fixait au mur, puis s’asseyait et attendait, dans une attitude méditative, en cours de création.

 

CC : Face à ses toiles, on se trouve confronté à ce qui pourrait s’apparenter à une forme de trace, d’inachevé, parfois. Comment se caractérise, selon vous, cette œuvre immense qu’il laisse?

 

AB : On ne peut pas parler d’inachevé. Il disait: « Il faut savoir s’arrêter. » Seulement, on n’est pas là dans la création d’une sonate allant vers son mouvement final, on est plutôt dans le Jazz : un élan qui s’arrête d’un coup, juste sur une note. Et si l’on veut parler de trace, ce serait la trace offerte à d’autres pour suivre le chemin ouvert.

 

FG : Il ne nous enferme pas dans ce qu’il était lui. C’était un dessinateur né, d’où l’importance du trait, le trait n’était qu’une manière de laisser une trace. « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver  » …disait René Char.

 

CC : Ce lien dont vous avez parlé avec la nature – s’agissait-il de nature ou de paysage?

 

AB : Après ses grandes peintures thématiques des Marines et des Hivers, il a renoncé à la figuration, tout en gardant la sensation de la nature.

Mais il y a une question beaucoup plus simple pour rencontrer la peinture de Claude Garanjoud: – qu’a-t-il fait pour ouvrir notre capacité à voir? Voir ce qui nous entoure dans sa consistance et sa légèreté. Plus je viens à l’atelier de Villeneuve-lès-Avignon, plus je regarde ces toiles, plus je vois s’établir un rapport intérieur. Cela ouvre à un ressenti intérieur qui n’est pas habituel. Sa philosophie et sa peinture ne font qu’un. Il ne théorise pas. Il a donné peu d’interviews. Il ne s’est jamais autorisé à écrire sur sa peinture. Parce qu’il était dans une exigence et une rigueur telles qu’il entrait directement dans la sublimation. Il ne voulait rien interposer entre voir et voir. Cela touche au plus profond, c’est de l’ordre de l’incandescence.

 

FG Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait-il. L’écume de la vague…

Lui était à l’opposé des excès médiatiques, de la consommation.

 

CC : Vous avez dit qu’avec la peinture et la philosophie, il ne faisait qu’un. Comment cela se traduisait-il?

 

AB : Il ne fallait pas laisser se reposer la soif des questions. Il fallait tout le temps s’interroger sur le sens. Il dévorait les livres : sa vie se partageait entre peinture, livres et nature. Son attirance pour la philosophie orientale n’avait rien à voir avec l’engouement de l’époque. Il y a trouvé ses racines.

 

FG : Toujours confronté au mystère du monde, de la nature. Le ressenti et le penser n’étaient jamais séparés, avec en mémoire des phrases entières de philosophes occidentaux et orientaux, qui donnaient du poids à son ressenti. Il abordait plus les choses dans la tonalité des orientaux que dans celle des cartésiens.

Mais pour une exposition, l’homme de rigueur refaisait surface et triait avec un soin extrême ce qu’il allait présenter, passant notamment de longs moments à concevoir l’éclairage.

 

CC : Alain Boucharlat, au moment où vous le rencontrez, en 1974, c’est l’époque des Hivers, des toiles qui s’inscrivent dans ce qu’il a qualifié de paysagisme abstrait. Comment en est-il venu à la totale abstraction des dernières années?

 

AB : Il s’est fixé dans un travail totalement abstrait à partir de la couleur bleue, à l’acrylique très fluide. Il s’est mis à affiner son rapport avec le bleu. Ce n’est pas le bleu du ciel, de la nature, c’est un bleu de l’intériorité, du sacré. En cela, il rejoint Kandinsky. Il y a alors une période de structuration dans sa peinture. C’est d’abord le carré ou le rectangle, le vertical et l’horizontal, puis une expérimentation de la structuration de l’espace autrement, par les diagonales du carré. On arrive alors à la période dite des mandalas, avec un fort intérêt pour l’interrogation: qu’est-ce qui se passe au centre? Et comment inscrire le carré dans le cercle? Comment lancer un mouvement spiralé?

 

FG : Un jour, François Cheng lui a dit : Pour les chinois, le carré est le jardin, la terre ; le cercle est le ciel et l’homme fait la liaison entre la terre et le ciel. Comme peintre, il s’est vraiment reconnu.

 

AB : La profondeur est apparue avec ces mandalas, dans la recherche du centre, d’une autre dimension. C’est là qu’il a repoussé les limites, jusqu’à retourner ses toiles pour aller plus loin.

Il a longtemps vécu à La Mure, dans la maison de ses parents. Lorsque il vient habiter Villeneuve-lès-Avignon, la pénurie d’atelier va constituer pour lui une vraie chance. Un jour, en accrochant des toiles vierges, simplement du tissu au mètre, au vent du jardin, il a cette perception du mouvement qui ne va pas le quitter. Les effets du vent qui brasse un drap, la dépression au centre, font apparaître la courbe vivante. Seule une pince à linge retient encore la toile.

C’est peut-être la naissance de la toile libre.

Des diapositives qu’on peut voir sous le titre L’aile du vent, en rapport avec la poésie de Saint John Perse, datent de 1980- 82. On va assister alors dans la peinture à la suppression des cadres. La dynamique se renforce.

Il y aura des œuvres sur toile signifiant le passage, beaucoup comportant des portiques, avec même quelquefois l’effacement des soutiens. A ce même moment, il commence, avec des bouts de bois encrés, à griffer le papier ou la toile. Le circulaire, l’enchevêtré, commencent là.

A l’atelier de Villeneuve acquis après cette expérience de plein vent, il reprendra les grandes toiles dans la verticalité, en poussant la couleur à partir du bas. Et viendront aussi des toiles libres avec un cercle (le ciel, pour reprendre la philosophie orientale), cercles faits d’un seul mouvement, à bras tendu. Plus rien alors ne fait référence à la ligne droite verticale ou diagonale, si ce n’est dans l’une d’elles un triangle. Sa peinture, gestuelle, impliquait le corps. Le contrôle du geste se faisait dès l’épaule. Il s’obligeait à établir une harmonie du corps avant de se saisir du crayon ou du pinceau. Puis, c’était comme une performance de danse.

 

CC : Est-ce à dire qu’une musicalité intérieure le guidait?

 

FG : En tous cas, lorsqu’il écoutait de la musique, il ne faisait que cela, dans le recueillement. Il était aussi un grand marcheur, le rapport à la nature, surtout la montagne lui était indispensable.

 

CC : Son chemin vers l’abstraction, selon vous, était-ce une façon d’approcher le spirituel?

 

AB : Il avait les exigences du spirituel, mais le terme était trop connoté. Lui se situait dans le respect de toute démarche intérieure. Le point d’aboutissement de sa trajectoire autour de son expérimentation de l’espace, c’est la traversée de la toile. La peinture est appliquée d’un côté pour la découvrir de l’autre. C’est la complétude et la plénitude dans l’acte de peindre: ce que je peins d’un côté est vrai aussi de l’autre. Ce que je peins traverse la toile. J’ai posé un acte et dans la nuit du matériau, quelque chose est né. C’est le point de rencontre du visible et de l’invisible, du présentable et de l’irreprésentable. Il a découvert cette réversibilité et l’a utilisée. Parfois, il investissait l’envers de la toile en intervenant encore de ce côté, d’autres fois pas. Il a aussi employé ce processus pour des boîtes et certaines encres sur papier Japon.

 

FG : Le temps en tant qu’éternité, était le temps du présent, vécu dans le mystère.

 

AB : Il vivait en effet le présent – ni le passé, ni l’anticipation. Son temps était éternel … quelque chose comme le passage du vent.

 

FG : Les outils étaient souvent de circonstance, pinceaux, spatules, mais aussi brosses, bouts de bois, de carton – il inventait son outil – il multipliait aussi les supports, châssis, toiles libres, livres-objets.

La diversité et la singularité de ses choix ouvraient à la création, les choses se pensaient en lui, comme disent certains. Il avait un contact très sensuel à la matière. Très exigeant, il se méfiait de la répétition et de la séduction. Son travail avait une dimension éthique en lien avec l’esthétique, sans compromis. En aucun cas tourmenté, adepte de la vision taoïste: La vie ordinaire, c’est la voie. Au risque de le contrarier, je pense que l’artiste n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Il vit la création et il nous aide à être.

« Je suis peintre avant tout, disait-il, par la peinture, je suis. »

 

 

             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre de l'exposition 
"Le chez soi et l'ailleurs. L'autre côté du rêve" 
16 mai-27 juillet 2013 
Artistes invités: 
Gilles AILLAUD l Yves BELORGEY l Robert BLANC l Marie BOVO l Leïla BRETT l Hervé COQUERET l Marie DUCATE l Patrick EVERAERT l Valérie JOUVE l Bouchra KHALILI l Wolfgang LAIB l Philippe MAYAUX l Mathieu MERCIER l Guillermo MONCAYO l Martin PARR l Bernard POURRIERE l Claire TABOURET l Jennifer TEE l Tatiana TROUVE 
Projet Ulysses, un itinéraire d’art contemporain, réalisé en partenariat avec le Fonds Régional d’Art Contemporain de la région PACA – Commissaire d’exposition Christiane Courbon.

 

Aborder la figure d’Ulysse par le thème du voyage et de l’itinérance nous est très tôt apparu comme une évidence.

ARTEUM musée d’art contemporain, à Châteauneuf-le-Rouge, hébergé au-dessus de l’Hôtel de Ville, au 2ème étage du château reconstruit aux XVIIème et XVIIIème siècles sur les ruines de l’ancien Castrum, se situe à la croisée de chemins : dès la plus haute antiquité, la voie Aurélienne qui reliait Rome à Arles et à l’Espagne traverse ce territoire. Marseille, porte de l’Orient baignée par les eaux de la Méditerranée, passage obligé vers un lointain toujours convoité, en est l’avant-place, dans un des tracés qui conduisent vers le Nord les voyageurs y ayant accosté

 

Chez soi ailleurs et nostos

Ulysse, dans son périple, a connu différents lieux d’accueil, de refuge ou d’enfermement, parcouru des sites inconnus, qui ont contribué à construire l’homme et sa métamorphose. Surgit une identité double: celle du nomade et celle du sédentaire, toutes deux complémentaires. Questionner les problématiques propres à notre époque confère au personnage d’Ulysse une actualité manifeste.

L’exposition se partage en deux volets : un dans les murs du musée, l’autre dans le parc du château.

 

Musée :

L’homme, dans un entre-deux permanent, oscille entre désir –ou nécessité- d’évasion et attachement à ses racines. Il est des chez soi plus hostiles que certains ailleurs, il est des ailleurs à la félicité trompeuse. Mais la frontière est toujours ténue entre la fascination d’un ailleurs chimérique et le réel abordé. L’exposition s’invite dans le dédale des salles du musée : peinture, sculpture, installation, cartographie, vidéo, sérigraphie, photographie…

Dans une mise en tension entre présence et absence, humour et poésie, mythe et réalité, désir et crainte,  sentiments ambivalents et contradictoires, les œuvres réunies nous confrontent à nos propres questionnements, à notre histoire personnelle, mais aussi à une perception sensible du monde. Qu’est-ce qui nous lie à notre espace géographique, qu’est-ce que qui nous pousse à le remettre en question, de quoi est fait notre attachement à un lieu ? Est-il d’ordre physique, mental, culturel… tout à la fois ? Ce qui est espace vital pour l’un n’est-il pas synonyme d’enfermement pour l’autre ? A contrario, l’enfermement est-il toujours vécu comme une contrainte ? Quelle place occupe la nostalgie dans nos actes ? La quête de soi est au bout du chemin.

Dix-neuf artistes  explorent les territoires et leur imaginaire, la réalité contemporaine de l’émigration, les tentatives d’évasion, les espoirs d’autres cieux ou d’autres rivages. Mais aussi l’inévitable retour, l’impérieuse nécessité, au bout du conte, de poser ses bagages.

 

Parc :

En 2012, une première exposition préfigurait celle de 2013 et s’intitulait « Le chez soi et l’ailleurs». Six plasticiens, Joël Belouet, Alain Brunet, Sandro Della Noce, Pascale Mijares, Olivier Nattes et Benoît Rassouw s’interrogeaient : « Peut-on totalement larguer ses amarres pour la fascination d’un ailleurs ? Peut-on se sentir chez soi ailleurs ? » Des créations spécifiques dans le parc ont vécu une année au rythme du temps et se sont approprié l’endroit où elles sont implantées. Entre geste artistique et prise en compte de l’évolution naturelle avec l’environnement, les artistes nous invitent toujours à une déambulation parsemée de pauses. Par les sujets abordés, les pistes de réflexion, leurs installations  entrent particulièrement en résonance avec les œuvres du musée. Contrainte et liberté, itinérance physique ou parcours d’espaces numériques, dualité des sentiments, êtres et nature en osmose, sont au cœur de leurs interrogations.

 

CABANON VERTICAL :

2013 est l’occasion d’une création spécifique dans le parc qui a été confiée au collectif d’artistes à géométrie variable CABANON VERTICAL.  

Les fondateurs en sont Olivier Bedu, architecte DPLG et  Christian Geschvindermann, constructeur scénographe. Tous deux vivent et travaillent à Marseille. Les autres membres du collectif varient en fonction des rencontres et des besoins et la collaboration peut être éphémère ou durer toujours. Pour cette création, à la scénographe Juliette Morel et l’urbaniste Vaea Deplat, partenaires d’autres projets antérieurs ou concomitant, ont été associés le plasticien Arthur Poisson, l’architecte Alexandre Lucas et Camille Lamy, designer d’espace. 

Ce sont les zones de vide, les espaces interstitiels délimités par les haies de buis de l’ancien jardin à la Française qui ont intéressé le collectif d’artistes : « Dans un vocabulaire urbanistique, nous dirions que nous sommes ici en présence d’une parcelle non programmée. Pour un aventurier, il s’agirait d’une terre vierge à conquérir, d’un espace mystérieux à découvrir. »

Rôdé à l’aménagement du territoire nourri du regard que chacun porte sur les paysages urbains et ruraux, volontairement implanté dans l’espace public, CABANON VERTICAL a conçu cette installation intitulée « Au risque de se perdre » comme un périple initiatique de dimension spectaculaire sur le mode du voyage d’Ulysse, un dispositif “scénique“ fait d’éléments d’architecture dissociés, de dispositifs ponctuels intégrant jeux de détours, illusions, perte de repères, découverte d’ailleurs, de nouveaux points de vue…

L’œuvre incite à la divagation physique autant qu’à la contemplation.  Tout est conçu pour qu’au détour des situations qu’ont imaginées les concepteurs, le promeneur, initialement mu par l’attraction de l’inconnu, s’abandonne à la rêverie, submergé par sa propre émotion esthétique, touché par la poésie que dégage l’association cadre naturel-acte créateur. Alors que le cheminement constitue une libre appropriation du lieu, la confrontation aux dispositifs induit un recentrement sur le détail, convoque une sorte de retour sur soi méditatif. Le parcours devient expérience intime et singulière.

 

Création poétique :

Dans cette œuvre où le spectateur pénètre et circule et se perd, le cheminement peut être celui de la paradoxale nostalgie d’un improbable retour. Le poète contemporain Maxime Hortense PASCAL écrit un poème dédié à l’œuvre et l’événement,  « Nostos », qui sera publié aux Editions Plaine Page.

 » l’affliction du nostos

mi désir mi douleur

on n’est loin que de soi 

(extrait)

Au cours de sa déambulation dans les méandres du chemin végétal scandé de fragments d’architecture, le promeneur percevra, au cœur d’évocations sonores et réminiscences de voyage, des passages dits par l’auteur, ainsi qu’une courte Déclaraction de Julien Blaine et sa lecture de Pénélopéia, comme une plongée en immersion dans l’univers d’Ulysse…

La conception sonore, réalisée au Conservatoire National à Rayonnement Régional de Nice a été confiée à Julian Mannarini et Jean-Baptiste Zellal, coordonnée par Gaël Navard et Michel Pascal. »

– Christiane Courbon.

 


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