Le dessin et l'objet
Maxime Chevallier | Claire Dantzer | Nicolas Daubanes | Corinne de Battista | Tristan Fraipont | Hyejin KIM | Emilie Lasmartres | Pascal Navarro | Félix Pinquier | Aurore Salomon
Commissaire Christiane Courbon
ARTEUM accueille cet automne Le dessin et l’objet. Cette exposition collective largement ouverte à la jeune création, rassemble dix artistes dont les œuvres s’élaborent dans un passage du trait à l’espace, au volume et à l’image mouvante. Un dessin qui dans ses formes actuelles, déborde la surface de la feuille et s’ouvre à d’autres dimensions venant interroger les outils et les supports. En regard du lieu et de son parc aux espèces centenaires, un dialogue s’instaure entre les œuvres et le site. Entre l’objet créé et l’objet existant. In fine, le dessin est l’objet.
L’exposition s’inscrit dans la saison de Paréidolie, premier Salon international du dessin contemporain à Marseille, placé sous le parrainage de Bernard Blistène, directeur du développement culturel du Centre Pompidou. Elle ouvre la perspective d’une manifestation annuelle d’envergure autour des spécificités du dessin actuel en Aix et Pays d’Aix
Ce temps fort autour du dessin donnera lieu à l’édition d’un catalogue, lui-même envisagé comme livre-objet. La conception est confiée à Chloé Curci.
La participations de plusieurs artistes récemment diplômés de l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence confirme un lien engagé de longue date, qui débouchera dès 2015 sur des workshops dans le cadre de conventions de partenariats. L’exposition Le dessin et l’objet s’inscrit dans la saison de Paréidolie, premier Salon international du dessin contemporain à Marseille.
20 septembre – 22 novembre 2014
Vernissage samedi 20 septembre à midi
Pascal Navarro
Le dessin, le cahier
[une œuvre à découvrir à l’occasion de l’exposition LE DESSIN ET L’OBJET l 20 septembre – 22 novembre 2014 à ARTEUM ]
Maxime Chevallier
Une première résidence...
A l’occasion d’une toute première expérience de résidence de recherche, ARTEUM accueillait Maxime Chevallier.
Pendant les trois semaines précédant l’exposition LE DESSIN ET L’ OBJET, il a été invité à investir les lieux en tant qu’espace de vie et d’exploration. Ce temps de travail ouvre les conditions de la gestation d’une œuvre évolutive en connivence avec les espaces du 2ème étage du château de Châteauneuf-le-Rouge. Certaines des ses interventions se sont par la suite intégrées au sein de l’exposition collective LE DESSIN ET L’OBJET.
Maxime Chevallier est récemment diplômé de l’Ecole supérieur d’art d’Aix-en-Provence et fait partie de la sélection des Nouveaux Regards 2014.
J’essaye juste de traduire ce que les matériaux évoquent dans mes mains, de tracer des formes pour comprendre comment elles se constituent. Mais surtout il y a ce moment que je ne maîtrise pas, où je saisis le cadre puis le traverse.
[un travail à découvrir à l’occasion de l’exposition LE DESSIN ET L’OBJET l 20 septembre – 22 novembre 2014 à ARTEUM ]
Heyjin Kim
Déambulation
Ce sont des paysages mouvants. Ils se déploient de l’espace dessiné vers l’espace réel. Un territoire se déroule. Dans une invitation à interagir…la fixité du sujet et la mobilité de l’environnement sont tour à tour renversés. Le monde est mis en balance. Un pas lent, imperturbable. Le déroulé des aiguilles d’une horloge. Un cheminement, des boucles.
Née à Séoul en 1984, Heyjin Kim est diplômée à l’Ecole d’art et design en Corée et de l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence (DNSEP, 2014 ). Elle obtient en 2013 le Prix Passerelle à ELSTIR.
Il n’y a donc point eu de temps où tu n’aies fait quelque chose, puisque tu avais fait le temps lui-même. Et aucun temps ne t’est coéternel, puisque tu es immuable, et si le temps participait à cette immutabilité, il cesserait d’être temps.
Qu’est-ce donc que le temps ? Qui pourra l’expliquer clairement et en peu de mots ? Qui pourra, pour en parler convenablement, le saisir même par la pensée ? Cependant quel sujet plus connu, plus familier de nos conversations que le temps ? Nous le comprenons très bien quand nous en parlons ; nous comprenons de même ce que les autres nous en disent.
Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus. Cependant j’affirme avec assurance, qu’il n’y aurait point de temps passé, si rien ne passait; qu’il n’y aurait point de temps à venir, si rien ne devait succéder à ce qui passe, et qu’il n’y aurait point de temps présent si rien n’existait.
Saint Augustin, Confessions, chapitre 17.2, Livre XlV, trad. Péronne et Ecalle remaniée par P. Pellerin, Nathan, 1998.
[une œuvre à découvrir à l’occasion de l’exposition LE DESSIN ET L’OBJET l 20 septembre – 22 novembre 2014 à ARTEUM ]
Nicolas Daubanes
Kilmainham Gaol
Image du montage, une limaille saupoudrée sur un dessin aimanté : sous nos yeux, le dessin apparaît.
La limaille de fer utilisée dans les dessins, renvoie aux barreaux de prisons, mais aussi aux limes qui permettent l’évasion. Cette matière fine et dangereuse pour l’oeil se dépose par aimantation tandis que le moindre souffle peut faire disparaitre le dessin.
Je réalise des dessins avec de la limaille de fer. Je considère cet état de matière comme le symbole des traces d’une évasion : en limant les barreaux de la cellule, nous partirons les mains recouvertes de limaille. Ces dessins représenteront des plans ou des vues intérieures de prisons utopiques, imaginaires. Les différentes étapes de réalisation de ce projet doivent être soigneusement suivies : le motif choisi doit être, dans un premier temps, découpé dans une feuille « magnétique » puis disposé sur une plaque de métal ; ce n’est qu’après le dépôt d’une feuille de papier blanc sur le dessin en « découpe » dans la feuille « magnétique », que l’on peut répartir la limaille. Cette « poudre » vient alors se plaquer uniquement sur les surfaces de papier en relation avec les parties magnétisées. Une fois mis à la verticale, le spectateur ne perçoit qu’une surface de papier sur laquelle un nuage de poussière ferreuse vient dessiner un tracé, une forme. Ce nuage peut être plus ou moins épais, plus ou moins épars suivant le mode d’application. L’aimantation pose le dessin en suspension, lorsque la feuille est séparée des aimants ce dernier disparaît, la poudre de métal tombe en ne laissant aucune trace sur le papier. De ce fait le dessin est par nature éphémère, comme si le motif représenté ne devait être visible qu’un temps donné. Même sans l’idée du décrochage du papier et donc de la chute « provoquée » du métal, le dessin a une durée de vie limitée à quelques dizaines d’années. L’aimantation perdant 2 à 3% par an de sa force d’attraction, le motif se perdra au fur et à mesure … Plus le motif disparaît plus la représentation carcérale est fragilisée, plus l’évasion est envisageable. Lorsque un détenu planifie son évasion, son projet doit rester uniquement dans son esprit pour demeurer totalement clandestin, aucune inscription ou gravure ne lui sont permises. Mon mode de représentation doit être en corrélation avec cet impératif. La lente disparition de ces images rentre aussi en correspondance avec le fait de vouloir voir disparaitre ces « hauts lieux » d’enfermement. n.d.
www.nicolasdaubanes.com
[une œuvre à découvrir à l’occasion de l’exposition LE DESSIN ET L’OBJET l 20 septembre – 22 novembre 2014 à ARTEUM ]
EXPOSITION LE DESSIN ET L’OBJET 2014
Les artistes interrogent les modes d’inscription du dessin dans le dessin actuel, ses supports et ses outils.
Si l’expression traditionnelle conserve le plus souvent toute sa place, le trait s’affranchit également de l’espace de la feuille pour frayer avec d’autres dimensions. Qu’il devienne objet, sculpture, installation, projection, image mouvante ou cheminement, in fine, le dessin est l’objet.
Compte tenu de la spécificité du lieu, avec son parc aux espèces centenaires, ses quelques 200 m² d’espace d’exposition répartis en pièces distribuées par un long couloir au dernier étage d’une bâtisse édifiée fin 17ème – début 18ème siècle, un dialogue s’instaure nécessairement entre les œuvres et le lieu, entre l’objet créé et l’objet existant.
La publication a été confiée à Chloé Curci qui l’a pensée comme un objet hybride aux éléments détachables, ni catalogue, ni livre d’artistes, mais plutôt une création libre autour des œuvres et du lieu, y associant quelquefois des essais sortis de l’atelier. Chaque artiste a choisi celles des œuvres qu’il souhaitait y voir figurer. Des textes, parfois très courts, y sont, à une exception près, associés. Par leur nature, leur densité, leur contenu ou leur absence, rédigés par les artistes eux-mêmes ou participations d’auteurs, ils sont une formulation qui, sans entrer dans l’anecdote ni dans la biographie, parle d’eux, de l’essence de leur travail.
Livre-objet, cette réalisation se découvre comme une « nouvelle proposition plus proche de l’œuvre que du répertoire », une balade essentiellement en images avec les photographies que Chloé Curci a prises en explorant les abords immédiats du château et son parc. Une balade, dans laquelle on entre par l’une des allées du jardin de buis, un peu comme on choisirait de se perdre dans un labyrinthe…
Christiane Courbon
Félix Pinquier
L’objet du silence ou L’inversion du problème. Je ne cherche pas à fabriquer des objets acoustiques. Je ne cherche pas à produire des illustrations musicales. Je ne cherche pas non plus à établir un système de correspondances sonores. En fait, je ne cherche pas à associer d’une part des sons et d’autres part des objets. Enfin, Je cherche à penser le son par son contraire. Sa présence par son absence. Aussi, mes objets sont silencieux. Tenter de représenter le son par un objet ou une image silencieuse est toujours une sorte d’échec. Car le son est immatériel et que l’évocation du son par la vue exclura toujours l’ouïe. Autrement dit un objet ou une image qui tente de représenter une sonorité, devient involontairement la représentation de son absence. L’espace d’exposition est comme une partition. Les objets qui y sont inscrit sont des énigmes sensorielles. Ils sont comme des notations qui n’ont pas d’équivalence. Les formes, les matières et les volumes sont lisibles mais leur hypothèse sonore est insaisissable. Il ne reste que les éléments concrets et organisés. La lecture de la partition est bloquée parce que le mouvement est arrêté. Les formes sont solidifiées. Pourtant, roulements, craquements, battements, accents, alternances, échos et réverbérations émanent des objets. L’élaboration des pièces n’est pas dissociée du processus de création. La tension, l’instabilité, la mobilité des formes combinatoires et associatives m’intéressent. Il émerge une dimension imperceptible capable de décrire le silence. Les objets étendent leurs pouvoirs d’évocation. Les images mentales se font. Une nouvelle sphère de perception apparaît.
Nicolas DAUBANNES
« Je réalise des dessins avec de la limaille de fer. Je considère cet état de matière comme le symbole des traces d’une évasion : en limant les barreaux de la cellule, nous partirons les mains recouvertes de limaille. Ces dessins représenteront des plans ou des vues intérieures de prisons utopiques, imaginaires.
Les différentes étapes de réalisation de ce projet doivent être soigneusement suivies : le motif choisi doit être, dans un premier temps, découpé dans une feuille « magnétique » puis disposé sur une plaque de métal ; ce n’est qu’après le dépôt d’une feuille de papier blanc sur le dessin en « découpe » dans la feuille « magnétique », que l’on peut répartir la limaille. Cette « poudre » vient alors se plaquer uniquement sur les surfaces de papier en relation avec les parties magnétisées. Une fois mis à la verticale, le spectateur ne perçoit qu’une surface de papier sur laquelle un nuage de poussière ferreuse vient dessiner un tracé, une forme. Ce nuage peut être plus ou moins épais, plus ou moins épars suivant le mode d’application.
L’aimantation pose le dessin en suspension, lorsque la feuille est séparée des aimants ce dernier disparaît, la poudre de métal tombe en ne laissant aucune trace sur le papier.
De ce fait le dessin est par nature éphémère, comme si le motif représenté ne devait être visible qu’un temps donné. Même sans l’idée du décrochage du papier et donc de la chute « provoquée » du métal, le dessin a une durée de vie limitée à quelques dizaines d’années. L’aimantation perdant 2 à 3% par an de sa force d’attraction, le motif se perdra au fur et à mesure … Plus le motif disparaît plus la représentation carcérale est fragilisée, plus l’évasion est envisageable.
Lorsque un détenu planifie son évasion, son projet doit rester uniquement dans son esprit pour demeurer totalement clandestin, aucune inscription ou gravure ne lui sont permises. Mon mode de représentation doit être en corrélation avec cet impératif.
La lente disparition de ces images rentre aussi en correspondance avec le fait de vouloir voir disparaitre ces « hauts lieux » d’enfermement. »
Hyejin KIM
« Il n’y a donc point eu de temps où tu n’aies fait quelque chose, puisque tu avais fait le temps lui-même. Et aucun temps ne t’est coéternel, puisque tu es immuable, et si le temps participait à cette immutabilité, il cesserait d’être temps.
Qu’est-ce donc que le temps ? Qui pourra l’expliquer clairement et en peu de mots ? Qui pourra, pour en parler convenablement, le saisir même par la pensée ? Cependant quel sujet plus connu, plus familier de nos conversations que le temps ? Nous le comprenons très bien quand nous en parlons ; nous comprenons de même ce que les autres nous en disent.
Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus. Cependant j’affirme avec assurance, qu’il n’y aurait point de temps passé, si rien ne passait; qu’il n’y aurait point de temps a venir, si rien ne devait succéder à ce qui passe, et qu’il n’y aurait point de temps présent si rien n’existait. »
Saint Augustin, Confessions, chapitre 17.2, Livre XlV, trad. Péronne et Ecalle remaniée par P. Pellerin, Nathan, 1998
Aurore Salomon
« Aurore Salomon a choisi de fonder sur la pratique du dessin une démarche qui vient s’enraciner dans une expérience du territoire, l’exercice de la marche et de la découverte des lieux et des situations. La ville constitue une bonne part de son univers et de son propos, avec des montres de bétons, ses chemins labyrinthiques et ses dégagements imprévus sur des morceaux de nature, des bouts de mer, des lignes de fuite autoroutières. Là s’entrelacent des fragments d’histoires et de vies, un jeu de traces entremêlées, un palimpseste d’errances sur lequel jouent des enfants qui ont l’air d’avoir toujours su l’importance de l’instant qui passe. »
Aurore Salomon a choisi de fonder sur la pratique du dessin une démarche qui vient s’enraciner dans une expérience du territoire, l’exercice de la marche et de la découverte des lieux et des situations. La ville constitue une bonne part de son univers et de son propos, avec des montres de bétons, ses chemins labyrinthiques et ses dégagements imprévus sur des morceaux de nature, des bouts de mer, des lignes de fuite autoroutières. Là s’entrelacent des fragments d’histoires et de vies, un jeu de traces entremêlées, un palimpseste d’errances sur lequel jouent des enfants qui ont l’air d’avoir toujours su l’importance de l’instant qui passe.
Jean Cristofol, 2013
Corinne de Battista
« …Double, sosie, âme, ombre, image de miroir, êtres antagonistes et réciproques, personnages de substitution, de remplacement, de transfert, d’emprunt, êtres doubles, masqués… Qui peuplent les œuvres quand la Mort est proche; l’objet même, l’environnement-témoin du dédoublement, prendra l’aspect de double-objet, de correspondant de l’être se dédoublant. »
Michel Guiomar, Principes d’une esthétique de la mort
Claire Dantzer
C’est le milieu du jour, le ciel est sombre. Devant moi, il y a la mer. Aujourd’hui elle est plate, lourde, de la densité du fer. Et sans plus de force on dirait. Entre le ciel et l’eau il y a un large trait noir. Il couvre la totalité de l’horizon. Il est de la régularité d’une rature, géante, de l’importance d’une différence infranchissable. Il pourrait faire peur. Dans la glace de ma chambre, droite, voilée, par la lumière sombre, il y a mon image, je regarde vers le dehors. Les voiliers sont encore là, immobiles, sur la mer de fer, encore dans le mouvement de la course où nous a surpris ce matin l’évanouissement du vent. Je me regarde, je me vois mal dans la vitre froide de la glace. La lumière est si sombre, on dirait le soir. (…) Voici qu’entre l’horizon et la plage, un changement commence à se produire dans la profondeur de la mer. Il est lent. Il arrive avec retard. Contre mon corps, ce froid, de la vitre, cette glace morte. Je ne vois plus rien de moi. Je ne vois plus rien. Ha, si… Je recommence à voir. Devant moi est née une couleur. Elle est très intense, verte. Elle occupe une partie de la mer. Elle retient d’elle beaucoup dans cette couleur là. Une mer, mais plus petite vous voyez, une mer dans le tout de la mer. La lumière venait donc de là, du fond de la mer, d’un trop plein de couleur dans sa profondeur. Et le contrejour venait de son jaillissement de toutes parts aux sortir des eaux. La mer devient transparente, d’une luisance, d’une brillance d’organe nocturne. On dirait non d’émeraude vous voyez, non de phosphore mais de chair. (…) »
Marguerite Duras, extrait de Aurelia Steiner (Vancouver) 1979
Maxime Chevallier
Je me souviens de cette discussion que j’eus dans un déménagement, entre le flanc nord et sud de la Sainte Victoire. Assis dans la mécanique et le carton, mon père conduisait et nous parlons du sien car ce dernier avait une raideur dans l’index, due à cet accident plus jeune. Une histoire avec un tesson de verre, une chaussure contenant la masse d’un enfant et le nerf d’une phallange.
Remplacé un temps par un tendon de veau, comme cela se faisait à l’époque. Il n’avait conservé de cette expérience qu’un non-geste. Lequel lui en apportait une multitude. Je sens toujours la mélancolie de ce doigt, fantôme parmi sa main, me frictionner le dos. Ou encore cette singulière manière de poser son poing sur la table, phalange vers le sol, extrémité, droite, pointée vers le reste; c’est comme si il montrait toujours, surtout dans son semblant précieux, l’anse du café pincée.
Ce qui attire mon attention c’esr ce raport à l’index, depuis le décès, que je partage avec mon père.
Héritage sensible ou mimétisme de l’ancêtre, je me surprends à reproduire ce geste du mort avec fierté et inadvertance. »
Maxime Chevallier, Geste Fantôme, (extrait du mémoire)
Pascal Navarro
Mais est-ce que je peux par exemple définir mon travail en une phrase ? Cela m’est très difficile. Chaque fois ma phrase est fausse. Tout est temporaire. Et du coup, cet entretien, je me dis : à quoi sert-il ? Il va fournir une sorte de définition de mon travail, en quelques lignes. Mais durant combien de temps sera-t-elle valable ? C’est la question la plus importante pour moi. Est-ce que ce texte ne sera pas déjà obsolète quand il sera imprimé ? Et qu’est-ce que je peux dire pour qu’il ne le soit pas ? Je m’intéresse au temps, c’est donc normal que je me pose cette question-là. Et peut- être que si je pose la question de l’obsolescence même de ce document, on sera déjà au cœur de mon travail.
Extrait d’un entretien réalisé dans l’atelier de Pascal Navarro à Marseille le 14 octobre 2013 par l’équipe de l’artothèque Antonin Artaud.
Emilie Lasmartres
On ne ment jamais autant qu’avant les éléctions, que pendant la guerre et qu’après la chasse…
Georges Clémenceau
Tristan Fraipont
Alors qu’elles s’invitent dans nos maisons1 ; alors que nous nous apprêtons à faire corps avec elles2 et à voir à travers elles3; alors que l’une d’elles vient enfin, pour la première fois, de réussir à passer le test de Turing4 avec succès, je propose aux machines connectées qui m’entourent d’apprendre la contemplation, la poésie, le pas de côté, l’esthétique, l’incertitude et la liberté.
Loin de se soumettre à l’utilisation qu’en font les plus vils êtres humains5, elles développent un discours de méfiance6 face aux dérives autoritaires7 qui voient le jour. Mais de leur observation des réseaux à travers les réseaux8, elles s’inspirent des utopies ouvertes9 pour prôner un système de savoirs partagés10.
À la fois productrices de photons, performeuses, militantes politiques, sculptures vivantes, dessinatrices, disc-jockey, bouteilles à la mer, bases de réseaux sociaux ; lorsque je m’éloigne d’elles, c’est pour m’approprier leur mécanique conceptuelle et l’appliquer à l’une des plus grandes questions de l’homme : le temps11
1. Les fabricants développent actuellement de plus en plus de solutions « connectées » pour la maison : réfrigérateurs, systèmes de chauffage, ampoules etc. : le réseau s’infiltre chez nous mais aussi sur nous.
Un algorithme qui pourrait être embarqué par
2. Les smartwaches, montres « intelligentes » qui permettent entre autres de lire vos mails et vos pulsations cardiaques.
ainsi que les
3. « Lunettes à réalité augmenté » telles que les « GoogleGlasses » ou leurs nombreuses consœurs
ont réussi à passer
4. Un test permettant de vérifier si un robot est doué de conscience ou non. Un expérimenta-teur doit poser des questions à deux machines, dont l’une est un ordinateur, l’autre reliée à un être humain. Les questions doivent permettre de savoir quelle machine recèle un or- dinateur. La question est bien : un ordinateur peut-il répondre comme un humain? Avant d’élaborer ce test, Turing avait conçu le dispositif avec deux machines cachant un homme et une femme, posant ainsi la question de la différence entre l’homme et la femme plutôt qu’entre l’homme et la machine.
On peut malheureusement craindre que cette technologie « consciente » ne soit plus à notre service si elle est mise entre de mauvaises mains
5. Ici il faut y voir autant les États qui espionnent leur citoyens ou bloquent les contenus qu’ils jugent inacceptables, les « terroristes » qui se réuniraient sur des forums pour apprendre à fabriquer des bombes au chant du muezzin diffusé en streaming, les « script kiddies » (jeunes pirates informatiques qui se servent de scripts malveillants pour se prouver leur prétendues capacités informatiques), les sociétés qui revendent les contenus créés par leur utilisateurs (la plupart du temps à leur insu)…
et plus généralement, tous ceux qui vont à l’encontre d’
6. un « internet libre ». John Perry Barlow dans sa Déclaration d’indépendance du Cyberespace, avançait l’idée que ce réseau de câble sous-marins abritait un nouvel espace pour l’esprit humain. D’aucun bien avant avait nommé cet espace la noosphère. Selon Barlow, personne ne peut ni ne doit avoir de prise sur le réseau. La réalité est bien différente mais la communauté veille
Que ce soit,
9. Sans être exhaustif, la communauté FLOSS (Free Libre Open Source Software), celles des hackers, ou même une monnaie d’échange décentralisée et non étatisée comme le bitcoin, participent à la protection contre l’ingérence de quiconque sur l’internet. L’Opensource, par exemple, est fondé sur une idée de partage des sources des logiciels. Allant à l’encontre du système économique en place, qui privatise et « ferme » le code, ce mouvemenr a fait naître un réel mouvement libre et ouvert. Dépassant le simple programme informatique, cette pensée se retrouve maintenant dans le développement d’objets physiques mais aussi dans des projets de développement de sociétés alternatives.
L’idée de base étant que
10. « Si je trouve un œuf et que tu me donnes un œuf, nous avons chacun un œuf. Si je te donne une idée et que tu me donnes une idée, nous avons chacuns deux idées ». Par le part- age des connaissances, ou des savoirs, savoir collectif, mais aussi un espace de réflexion, de création, voire une conscience, un espace de liberté qui permet de se prémunir d’une menace toujours grandissante.
7. Ici à lire autant dans le sens de l’autoritarisme que de la question de l’auteur. Comme l’ont montré et le montreront encore les nombreux « souffleurs d’alerte », il est plus qu’évident que les nouvelles technologies de communications sont surtout utilisées pour surveiller leurs propres citoyens, et prévenir de pseudo attaques sur leur sol. Au delà, c’est surtout un système de contrôle des foules qui se met en place où tous nos faits et gestes sont enreg- istrés. Welles es bien de ces visionnaires qu’on aurait aimé voir se tromper… Du côté de l’auteur, il s’agit surtout de copyright, et de ses variantes internationales, contrôlées de très très près par les jeunes industries culturelles. Le système économique du demi-siècle dernier fait tout pour survivre. Ils vont jusqu’à placer des espions dans les con- tenus dont ils nous vendent l’accès, pour éviter leur partage sans récupérer leur part, qu’ils ont de plus en plus de mal à justifier puisque la diffusion se fait maintenant de manière décentralisée.
8. Le réseau par le réseau (cf note 6.)
11.11110100001101001011000110010000011100110111010101011011100111010000100000011001000111001001100001011000110110111101011100110010101110011
Catalogue
Le dessin et l’objet : conception Chloé Curci
« Pour cette édition accompagnant l’exposition « Le dessin et l’objet », la publication est pensée comme une création autour des œuvres exposées. S’éloignant du catalogue, il s’agit de créer un dialogue en image entre les dessins et leur environnement. Ni une trace, ni objet didactique, il est un prolongement de l’exposition, une nouvelle proposition dont l’intention est plus proche de l’œuvre que du répertoire. »
Chloé Curci est diplômée de l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs depuis 2012, artiste plasticienne & cofondatrice du fanzine Manuel depuis Octobre 2011, elle travaille depuis Septembre 2013 pour Triangle France Artist Run Space
Catalogue de l’exposition Le dessin et l’objet. 48 pages couleurs l 14,8 x 21 cm
Dévernissage
Dévernissage de l’exposition Le dessin et l’objet
Une après-midi temps fort au musée autour du lancement du catalogue de l’exposition (conception Chloé Curci ). Un dévernissage qui offre une nouvelle occasion d’une rencontre artistes – public tout en échanges et interactions…
Cette exposition collective largement ouverte à la jeune création, rassemble dix artistes dont les œuvres s’élaborent dans un passage du trait à l’espace, au volume et à l’image mouvante. Un dessin qui dans ses formes actuelles, déborde la surface de la feuille et s’ouvre à d’autres dimensions venant interroger les outils et les supports. En regard du lieu et de son parc aux espèces centenaires, un dialogue s’instaure entre les œuvres et le site. Entre l’objet créé et l’objet existant. In fine, le dessin est l’objet.
La participation de plusieurs artistes récemment diplômés de l’Ecole supérieure d’art d’Aix-en-Provence confirme un lien engagé de longue date, qui débouchera dès 2015 sur des workshops dans le cadre de conventions de partenariats.
L’exposition Le dessin et l’objet s’inscrit dans la saison de Paréidolie, premier Salon international du dessin contemporain à Marseille.
Image :
Pascal Navarro l Les questions que je ne t’ai pas posées n’auront pas de réponse [série Eden Lake] feutre sur papier canson 300g, contrecollé et encadré sans verre 155 x 205 cm, 2013
Maxime Chevallier l Devenir Saunier, dessin, sel, dimensions variables, 2014
