Vous restez pour dîner ? Absynthe & Paprika | Agapanthe : Konné & Mulliez | Dominique Angel | Marielle Chabal | Ymane Fakhir | Louise Germain | Paul-Armand Gette | Cynthia Lemesle & Jean-Philippe Roubaud | Natacha Lesueur | Saverio Lucariello | Jérémie Setton | Laurent Védrine : chronique archéologique d’un banquet de Daniel Spoerri Commissariat : Christiane Courbon L’exposition Vous restez pour dîner? puise dans l’histoire de l’art, de la nature morte aux déjeuners sur l’herbe, pour traverser des œuvres multiples – vidéo, installation, photographie – qui explorent tous les possibles de ce titre évocateur. L’aliment sera au cœur du sujet pour ses formes et ses couleurs et pour ce qu’il dit de nous. Proposant un lien entre passé et modernité, cette exposition vous invite à découvrir les œuvres de 15 artistes ayant travaillé sur le thème alimentaire, et aborde, par des approches singulières, des questions universelles. Une large place est donnée à la métaphore dont le sujet est richement « alimenté »… © Eric Maillet, Alice Mulliez et Lily Marthe-Ebener En partenariat avecFonds régional d’Art contemporain Provence-Alpes-Côte-d’Azur| Fonds Communal d’Art Contemporain de la Ville de Marseille | Fondation d’entreprise Vacances Bleues | INRAP | Collectionneurs privés _Téléchargez ici le Livret de l’exposition Art et nourriture, continuation et transmission L’idée de consacrer une année au thème de la nourriture fait sens à Châteauneuf-le-Rouge : en 2015, le village organise son 23ème festival de la Gastronomie provençale, qui accueille chaque année au mois de juillet chefs étoilés, vignerons et producteurs, rassemblant de nombreux amateurs d’art de vivre. La commune devrait prochainement se doter d’une école de cuisine et un projet de jardin potager voir le jour. Autant dire que la nourriture y est un sujet important. Vous restez pour dîner ? Avec cette exposition et son titre en forme d’invitation, Arteum entend confirmer sa vocation de diffusion et de soutien à l’art contemporain en lien avec le patrimoine existant, tout en ayant pour objectif de susciter aussi chez un public élargi et divers, un véritable intérêt pour l’art de notre temps. La nourriture, à chaque époque, a pris une part importante dans la pensée et la création artistiques. Dans l’abondance des mets représentés, évocateurs de plaisirs éphémères de cette exposition, plane le message délivré par les étourneaux psychopompes de Cynthia Lemesle et Jean-Philippe Roubaud ou par les Vanités et autres memento mori d’une société de consommation qui connut son plein essor et s’interroge à présent sur ses limites. Nous retrouverons certaines de ces préoccupations dans la démarche de Saverio Lucariello, de Dominique Angel… Nous en trouverons d’autres : au-delà de l’étalage de saveurs et des questions esthétiques et plastiques qui sont soulevées, émergent celles du vrai et du faux, de l’imitation et de la représentation. C’est tout le propos de Lemesle et Roubaud. Emergent aussi celles de la mémoire culturelle et identitaire, opérant un glissement du souvenir de l’expérience intime vers une dimension universelle, tel celui qu’on décèle dans le travail d’Ymane Fakhir. Étranges hybridations, corps travestis, entre-deux permanents véhiculent l’ambiguïté et l’ironie. On pense, bien sûr, à Natacha Lesueur, mais aussi à Konné & Mulliez, à Paul-Armand Gette, à Marielle Chabal, à Jérémie Setton. L’ambiguïté, d’ailleurs, ne caractérise-t-elle pas les rapports que nous entretenons avec la nourriture et notre façon de nous alimenter ? Les artistes d’aujourd’hui n’en finissent pas d’établir des correspondances avec un passé qui nourrit leur création, laquelle à son tour nourrira les œuvres à venir. Dans cette exposition, ils nous entraînent dans le sillage de Zeuxis, maître du trompe l’œil souvent considéré comme l’un des plus grands peintres de l’Antiquité, de Jean-Baptiste Oudry, Albrecht Dürer, Edouard Manet, Paul Cézanne, Piet Mondrian, Tony Cragg, Joachim Mogarra, Niele Toroni, Damien Hirst… L’un des liens évidents entre art et nourriture réside dans la continuation et la transmission. Christiane Courbon, 02 mai 2015 Formes et enjeux de l’art lié à la nourriture. Semaines du goût, scandales alimentaires, défense de l’agriculture paysanne, mode du bio, chroniques gastronomiques, rivalités entre grands chefs, influences des aliments sur la santé, pronostics pour nourrir la planète en 2050… Pas une semaine ne s’écoule sans qu’un sujet touchant de près ou de loin à l’alimentation de l’humanité ne se situe au centre du débat public. Plus que jamais la nourriture, l’alimentation, la production des aliments, leurs vertus nutritives, médicales ou symboliques se trouvent au cœur des sujets de société. On peut se demander pourquoi une telle omniprésence. En raison de notre rapport essentiel, premier et direct à ce qui nous fait vivre ? En raison de l’universalité et l’intemporalité de ce sujet ? En raison de sa dimension éminemment sociétale, grâce au partage de valeurs, de goûts, de symboles, de croyances, de savoir-faire indissociable des cultures culinaires ? Parce que les pratiques alimentaires sont révélatrices des identités individuelles et collectives ? Parce que ce sujet cristallise un certain nombre des grandes mutations que connaissent nos civilisations occidentales, passées en quelques décennies, au cours du XXe siècle, d’une population majoritairement rurale à une population majoritairement urbaine ? Pace qu’il existe de plus en plus de modes alimentaires (dans les deux sens du mot « mode »), de « régimes » conçus non comme des diètes mais comme une réflexion sur l’alimentation voire sur le monde ?1 Les artistes sont loin d’être les derniers à s’intéresser à toutes ces questions et pas seulement au matériau alimentaire comme à un vaste univers de matières, de textures, de couleurs et de références symboliques. Mieux que quiconque, ils ont compris et traduit le fait qu’une vision du monde peut s’exprimer dans ce qu’on mange et que loin de se réduire à la satisfaction d’un besoin vital, nos choix alimentaires ont une véritable incidence sur l’ordre de nos sociétés. Toutes ces raisons ont poussé un musée de civilisation comme le MuCEM à accueillir, à l’automne 2014, l’exposition « FOOD. Produire, manger, consommer », conçue par Adelina von Fürstenberg et Art for the world, largement basée sur les multiples visions que des artistes contemporains peuvent avoir de l’alimentation2. De nombreux et divers sujets ont ainsi pu être abordés : gaspillage, surconsommation et grande distribution ; dimension symbolique des