καιρός desseins
Haythem Zakaria | Amandine Simonnet | Takeshi Sumi | Laurent de Richemond | Didier Petit | Pascal Navarro | Elena Modorati | Jean-Marc Forax | Nicolas Charbonnier | Nidhal Chamekh | Anne-Flore Cabanis
La temporalité du dessin, le souvenir, la mémoire. Tel est le thème sur lequel porte l’exposition inscrite dans la saison du dessin de Paréidolie. Il s’agit là de faire référence au temps objectif et à la temporalité du dessin, non pas au temps comme sujet du dessin.
A partir d’une réflexion sur la question du rapport intime entre temps (et conscience du temps) et dessin (comme tracé d’une mémoire ou comme figuration d’une durée), il s’agit de mettre en interaction des œuvres appartenant à différents artistes confrontés à cette problématique. Là où la pensée et la création se joignent dans leurs instants fondateurs, une expérimentation engagée à la recherche des conditions de possibilité d’une visibilité esthétique et conceptuelle. Le spectateur est appelé par ces œuvres à sentir et penser en même temps la co-implication de la trace et de la mémoire dans toute perception et dans tout jugement qui ordonne le monde qui l’entoure.
Pour répondre à cette thématique, l’exposition mettra en rapport des œuvres de plusieurs formes et employant deux médiums principaux : le dessin et la vidéo. Les œuvres exposées dialoguent entre elles dans le sens d’un entretien qui impliquerait le regard des spectateurs s’élaborant le temps de la visite.
Commissaires : Christiane Courbon & Arafat Sadallah
Du 30 septembre au 25 novembre 2017
Vernissage le 30 septembre, à 12h
Dans le cadre de la Saison du dessin, initié par Paréidolie, Mac Arteum vous présente une exposition collective.
La nuit, dans le Sud, quand je me lève, je sais qu’il ne s’agit ni du proche, ni du lointain, ni d’un événement m’appartenant, ni d’une vérité capable de parler, ce n’est pas une scène, ni le commencement de quelque chose. Une image, mais vaine, un instant, mais stérile, quelqu’un pour qui je ne suis rien et qui ne m’est rien – sans lien sans début, sans but -, un point, et hors de ce point, rien dans le monde, qui ne me soit étranger. Une figure ? mais privée de nom, sans biographie, que refuse la mémoire, qui ne désire pas être racontée, qui ne veut pas survivre ; présente, mais elle n’est pas là ; absente, et cependant nullement ailleurs, ici ; vraie ? tout à fait en dehors du véritable. Si l’on dit : elle est liée à la nuit, je le nie : la nuit ne la connaît pas. Si l’on me demande : mais de quoi parlez-vous ?
je réponds : alors, il n’y a personne pour me le demander ?
M. Blanchot, Au moment voulu
Si l’on devrait traduire le terme grec Kaïros, qui jouait un rôle essentiel dans la pensée et l’épreuve du temps dans l’antiquité grecque, ce ne serait pas avec nos termes usuels se rapportant au temps quotidien. Ce ne serait pas non plus avec une terminologie plus scientifique ou technique. Nous devrons plutôt nous engager dans une correspondance créative et méditative qui nous situe dans une réelle épreuve du temps.C’est en chemin vers cette expérience que l’exposition « Kaïros – desseins » s’installe au MAC Arteum.
En réunissant des artistes de différents horizons et cultures, il s’agit d’éprouver cette détermination essentielle du temps : celle du moment opportun ou de l’événement appropriant. C’est-à-dire de l’instant où se détermine le sens de l’histoire – là où se prennent les décisions et où s’ordonne le monde. Que ce soit pour une histoire individuelle ou celle (politique) d’une communauté, l’histoire d’une fiction ou d’une réalité, le Kaïros découvre et donne sens à ce qui existe.
L’exposition « Kaïros – Desseins » est un ensemble de chemins créatifs et poétiques qui explorent les multiples rapports entre ce qui donne le temps et ce qui donne l’œuvre. D’une ligne de dessin qui trace et ordonne un espace, à la projection de lumière qui fait voir les multiples sens d’une écriture. De la performance du corps qui se déplace en re-marquant le lieu, aux lignes marquées qui étirent l’instantané photographique pour appeler un passé immémorial… Essais et expérimentations qui traduisent des questions essentielles pour notre présent ; non pas celui de l’actualité dans laquelle nous sommes dispersés, mais celui de notre recueil – qui donne sens et vérité à notre histoire.
Chaque artiste éprouve et correspond au temps, à son temps, de manière absolument singulière et unique.
Et cette singularité se traduit dans l’œuvre qu’il ou elle poursuit, à sa manière de s’exposer et de s’interpréter, à sa matérialité et à son esthétique. Et pourtant, l’ordonnancement des œuvres entre elles propose quant à lui une épreuve commune du temps : le nôtre. Le Kaïros est forcément public, commun, politique, même dans sa dimension la plus intime ou personnelle. C’est ce qui justement met en dialogue des temporalités différentes et des histoires distantes. Chaque œuvre dans l’exposition interpelle d’une part ceux qui la regardent, et d’autre part les autres œuvres qui se tiennent avec elle dans le temps et l’espace. Ainsi l’événement, personnel ou collectif, n’est pas une unité simple, mais une constellation unifiée, et appelle des interprétations multiples.
Arafat Sadallah
