Berbiguier

C’est d’un geste qu’il porte en lui-même que Berbiguier fait surgir toute l’humanité.

Jusqu’au 22 octobre, du mardi au vendredi de 14 h à 19 h et samedi de 10 h à 19 h : Galerie Ardital, 10 avenue Philippe Solari, dessins sanguines et mines de plomb. 04 42 28 78 60 et 06 03 73 08 69.
Jusqu’au 29 octobre, avec Gérard Eppelé (dessins) et Héribert MariaStaub (sculptures), Galerie du Lézard, 1523, chemin de la Pierre de Feu, pastels et huile. 06 12 23 35 03.

 

L’artiste devant une de ses oeuvres

A le voir arriver, quelque peu ombrageux, le regard porté vers un lointain dont lui seul connaît les profondeurs, on pourrait l’imaginer, solitaire, replié sur lui-même, peu enclin à la communication. Et puis, le contact se fait et alors, le regard s’adoucit, revient de ces ténèbres pour nous inaccessibles. La parole se délie. On découvre un être sensible rempli d’humilité, entre délicatesse innée et rudesse apparente, qui porte à celui auquel il s’adresse comme une bienveillance, pourtant sans complaisance. Raymond Berbiguier est ainsi. C’est dans la gestuelle ample qui accompagne chacune de ses phrases comme pour mieux en envelopper-développer le contenu, qu’on devine, plus qu’on ne découvre, le geste de l’artiste capable de dépeindre, avec une infinie tendresse, la condition humaine dans sa diversité, avec toute l’intelligence de ceux qui l’ont côtoyée au plus près. De chaque portrait, de chaque corps qu’il dissèque et révèle, surgit la part d’ombre et la part de lumière, la souffrance et la quiétude, le sourire et le désespoir, la force et la fragilité : la thèse et l’antithèse de toute l’humanité. Le visage ébauché semble d’abord illustrer le réel visible et puis dans une superposition des couches, carbone et sanguine, pastels mêlés et savamment travaillés, matières triturées, malaxées comme pour remodeler le monde, le visible se distord, se déforme, se dissout pour faire naître un autre réel sans doute, mais celui qui n’est perceptible qu’à l’acuité d’un regard exercé aux turbulences de la vie. C’est de toute la sincérité intérieure qui l’habite, de tout son être et son vécu probablement, que Raymond Berbiguier extirpe, plus qu’il ne dessine, ses personnages singuliers, d’une indicible intensité.

Christiane Courbon

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